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Brass Birmingham, le jeu qui ne pardonne pas le premier tour

Brass Birmingham est le jeu de gestion le mieux construit du marché, et celui qui punit le plus vite un joueur qui n'a pas compris la règle de réseau.

Réponse courte. Brass Birmingham est en tête du classement des joueurs sur BoardGameGeek depuis plusieurs années, et c'est mérité — mais il exige 35 minutes d'explication, 2 h 30 de partie à quatre et un groupe qui accepte de se bloquer mutuellement. Pour une exigence comparable sans agressivité, prenez Ark Nova. Pour découvrir le plaisir de construire un réseau, Les Aventuriers du Rail reste la porte d'entrée.

Un jeu économique où l'on construit pour les autres

La particularité de Brass Birmingham tient en une phrase : vos ressources ne vous appartiennent pas. Le charbon que vous extrayez et la bière que vous brassez sont posés sur le plateau, disponibles pour quiconque est relié à vous. Chaque construction est donc un service rendu à la table, et la question n'est jamais « qu'est-ce qui me rapporte » mais « qu'est-ce qui me rapporte plus qu'à celui qui en profitera ».

La seconde particularité est que rien ne rapporte tant que la tuile n'est pas retournée. Une filature de coton posée ne vaut rien : il faut la vendre, en consommant de la bière et en la reliant à un marchand qui achète ce type de bien. Une mine de charbon ne compte que si son charbon est consommé. Les débutants passent leur première partie à couvrir la carte d'usines qui ne servent à rien, puis découvrent au décompte qu'ils ont marqué le tiers du gagnant.

La troisième idée est la coupure en deux époques. La première se joue sur les canaux, la seconde sur les rails. Entre les deux, toutes les usines de premier niveau disparaissent du plateau, les canaux sont retirés et l'on recompte les points. Ce qui ressemblait à un solide empire s'évapore, et la deuxième partie de la partie recommence sur des bases plus riches mais plus tendues. Peu de jeux de gestion osent effacer autant de travail à mi-parcours.

Le principe en trois phrases

Vous êtes un entrepreneur des Midlands anglais et vous implantez des mines, des filatures, des brasseries et des manufactures dans une douzaine de villes reliées par des canaux puis par des rails. À votre tour vous défaussez deux cartes pour deux actions, parmi lesquelles bâtir une usine, tracer une liaison, vendre votre production, vous développer ou emprunter de l'argent en sacrifiant votre revenu. Le score se compte deux fois, à la fin de l'époque des canaux et à la fin de l'époque des rails, en additionnant la valeur des usines retournées et celle des liaisons construites.

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Ce qui plaît

La tension de chaque carte. Vous avez huit cartes en main et deux actions par tour. Chaque carte défaussée est une possibilité perdue, et le jeu ne vous donne jamais assez de tours pour faire tout ce que vous voyez. C'est la sensation de rareté la mieux dosée de la catégorie experte.

L'emprunt comme outil, pas comme échec. Prendre un prêt fait chuter votre revenu de plusieurs crans mais vous donne immédiatement de quoi construire. Les bons joueurs empruntent tôt et remboursent par la croissance. C'est une des rares fois où un jeu de société modélise correctement l'effet de levier.

Le retournement d'époque. Le milieu de partie remet tout le monde à plat et relance l'intérêt. Un joueur distancé sur les canaux peut refaire son retard sur les rails, ce qui limite le sentiment d'irrattrapable propre aux jeux longs.

L'interaction permanente. Contrairement à Terraforming Mars, vous regardez ce que font les autres à chaque instant : leur charbon, leurs emplacements pris, leur bière disponible. On ne joue pas côte à côte, on joue ensemble et contre.

La durée maîtrisée. Le jeu ne s'étire pas. Le nombre de tours est fixé par la pioche, et une partie à trois joueurs rodés tient en une heure et demie, ce qui est court pour ce niveau d'exigence — voir nos jeux longs pour comparaison.

Ce qui gêne

La règle de réseau est le piège de la première partie. Pour bâtir quelque part, il faut soit la carte de la ville visée, soit une carte d'industrie et une ville déjà reliée à votre réseau. La formulation est claire une fois comprise, elle ne l'est jamais à la première lecture, et un groupe entier peut jouer deux heures faux.

Le plateau est austère et chargé. Des dizaines d'emplacements avec des symboles d'industrie, un marché de charbon et de fer sur le côté, des marchands sur les bords. Le tout est fonctionnel et laid, et il faut plusieurs parties pour lire la carte d'un coup d'œil.

L'écart de niveau est brutal. Un joueur qui en est à sa dixième partie écrase un débutant sans même chercher à le faire. Le jeu ne propose aucun mécanisme de rattrapage, et une soirée mixte débutants et habitués se termine mal.

Aucun mode solo dans la boîte. C'est la différence majeure avec Ark Nova, Terraforming Mars ou Spirit Island. Vous ne pouvez pas apprendre le jeu seul, il faut mobiliser au moins un partenaire dès le départ.

À deux joueurs, le plateau respire trop. Les emplacements se libèrent, les blocages disparaissent, et le jeu perd la mesquinerie qui fait sa réputation. Il reste bon, il n'est plus le même jeu. Trois ou quatre joueurs sont la vraie configuration.

Durée réelle, explication et niveau de conflit

ConfigurationDurée réelleExplicationBlocagesNotre avis
2 joueurs75-90 min35 minRaresBon mais adouci
3 joueurs90-120 min35 minFréquentsLa meilleure configuration
4 joueurs120-150 min40 minPermanentsLe plus tendu, le plus long
Première partie à 4180 min40 minSubisPrévoyez une soirée entière

Pour qui

Brass Birmingham s'adresse à un groupe fixe de trois joueurs qui ont déjà usé plusieurs jeux experts et qui cherchent le titre qu'ils garderont dix ans. C'est un jeu de club, de groupe régulier, de duo de passionnés élargi. Il récompense la répétition comme peu d'autres : la dixième partie est plus intéressante que la troisième, ce qui est rare.

Il ne convient pas à une famille, malgré l'absence totale de violence à l'écran. L'âge de 14 ans sur la boîte est une indication basse ; dans les faits, il faut surtout de l'expérience de jeu, pas des années. Il ne convient pas non plus aux groupes qui prennent mal les blocages : ici, occuper la dernière place de brasserie d'une ville pour empêcher un adversaire de vendre est un coup normal, pas une agression.

À la place, si ce n'est pas pour vous

Trois options, selon que vous refusiez l'affrontement, la complexité ou l'absence de mode solo.

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Prix constaté et versions

La boîte se situe entre 55 et 80 € selon les éditions et les périodes. Le matériel est cette fois à la hauteur : cartes épaisses, tuiles solides, plateau double couche sur certaines éditions. Comparé à d'autres gros jeux sous les 100 €, c'est un achat qui vieillit bien.

Il existe un jeu antérieur, situé dans le Lancashire, dont Birmingham reprend la structure. Il est plus sec, plus punitif, sans brasseries ni bière à consommer, et son marché des ressources est plus rigide. Les joueurs qui possèdent déjà Birmingham n'ont aucune raison de le prendre en plus, sauf goût prononcé pour l'austérité. Si vous devez choisir entre les deux, prenez Birmingham.

Aucune extension n'est nécessaire. Le contenu de la boîte suffit pour des dizaines de parties, puisque la variation vient de la pioche de cartes et des choix d'implantation, pas d'un module additionnel. C'est une exception dans la catégorie — voir extensions de jeux de société.

Cinq conseils pour la première partie

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Brass Birmingham est-il trop difficile pour un débutant ?

Oui, si le débutant n'a jamais joué à un jeu de gestion. Les règles ne sont pas très nombreuses, mais leurs conséquences sont impitoyables et une erreur de placement au troisième tour se paie une heure plus tard. Commencez plutôt par 7 Wonders ou Lost Ruins of Arnak.

Brass Birmingham combien de temps de partie ?

La boîte annonce 60 à 120 minutes. À trois joueurs qui connaissent le jeu, comptez 1 h 45. À quatre, 2 h 30. La toute première partie, explication comprise, occupe une soirée complète.

Brass Birmingham ou Brass Lancashire ?

Birmingham, dans presque tous les cas. Il ajoute la bière et les brasseries, ce qui rend les ventes plus intéressantes et le début de partie moins sec. Lancashire s'adresse aux joueurs qui possèdent déjà Birmingham et cherchent une variante plus rugueuse.

Brass Birmingham se joue-t-il à deux ?

Il se joue à deux, mais le plateau devient trop vaste pour deux joueurs et les blocages disparaissent. Nous le conseillons à trois avant tout. Pour un vrai jeu de gestion à deux, regardez 7 Wonders Duel ou Ark Nova.

Y a-t-il un mode solo dans Brass Birmingham ?

Non, la boîte n'en contient pas. C'est son principal désavantage face à Ark Nova, Terraforming Mars ou Spirit Island, qui permettent tous d'apprendre les règles seul avant d'inviter du monde.